Maladie inventée ou provoquée chez l'enfant (FII)
Aperçu
On parle de maladie inventée ou provoquée (en anglais « fabricated or induced illness », FII) quand un adulte décrit, chez une personne dont il s'occupe — le plus souvent un enfant — des symptômes qui n'existent pas, ou provoque lui-même ces symptômes. L'enfant n'invente rien et n'est en rien responsable : c'est l'adulte qui présente la situation comme une maladie, parfois sans en avoir conscience. L'enfant peut alors subir des examens, des traitements et des hospitalisations dont il n'a pas besoin, alors qu'il n'est pas réellement malade. Ce n'est pas une question de méchanceté : derrière ce comportement, il y a presque toujours une grande souffrance psychique chez l'adulte. Mais c'est une situation grave, qui met l'enfant en danger et qui demande l'aide de professionnels formés, et si nécessaire des mesures de protection.
Faits essentiels
- L'enfant est la personne à protéger : il n'est ni malade « pour de faux », ni coupable de quoi que ce soit.
- Ce n'est jamais le diagnostic d'un seul professionnel : il faut du temps, une équipe et un travail commun.
- L'adulte concerné a besoin d'aide, pas seulement d'un jugement ; protéger l'enfant et soutenir la famille vont ensemble.
C'est une situation rare. Il n'existe pas de chiffres fiables, car elle est probablement sous-repérée : les signes sont difficiles à voir et la tentation est grande de croire ce qui est raconté. Les professionnels de santé la rencontrent donc peu souvent, mais chacun doit savoir la reconnaître.
Cela concerne le plus souvent de jeunes enfants, mais peut toucher des enfants de tout âge, des adolescents, des adultes en situation de handicap ou des personnes âgées dépendantes. L'adulte qui fabrique ou provoque les symptômes est presque toujours une personne qui s'occupe de l'enfant au quotidien : le plus souvent un parent, plus souvent la mère, mais cela peut aussi être le père ou un autre proche. Il n'existe pas de « profil type » : cette situation se rencontre dans tous les milieux sociaux.
Symptômes
- Si un enfant est en danger immédiat : difficulté à respirer, perte de connaissance, convulsions, suspicion d'empoisonnement ou de blessure volontaire, appelez le 15 (SAMU) ou le 112 (numéro européen d'urgence).
- Si vous pensez qu'un enfant est maltraité, vous pouvez appeler le 119 (Allô Enfance en Danger), joignable jour et nuit en France.
- Si vous avez un doute urgent sur la sécurité d'un enfant, ne restez pas seul avec ce doute : appelez le 15, qui vous orientera.
- ⚠Une suspicion d'acte dangereux pour un enfant, même sans signe visible, demande d'en parler le jour même à un médecin ou à un service de protection de l'enfance.
- ⚠L'apparition de symptômes inhabituels chez un enfant dont un adulte décrit beaucoup de problèmes de santé : demandez rapidement un avis médical.
- ⚠Un enfant qui semble souffrir (douleurs, fatigue, isolement) alors que les explications données ne correspondent pas à ce que vous constatez.
Symptômes courants
- Des symptômes décrits avec beaucoup de détails par un adulte, mais qui ne correspondent pas à ce que montre l'examen médical.
- Des examens normaux, alors que l'adulte reste convaincu qu'il y a un problème grave.
- Des symptômes qui disparaissent pendant l'hospitalisation et reviennent à la maison, ou l'inverse.
- Des consultations répétées chez de nombreux médecins, avec des dossiers dispersés et des avis qui ne se parlent pas.
- Des résultats d'analyses étonnants, qui ne collent pas avec l'état général de l'enfant.
- Des demandes insistantes d'examens, d'hospitalisations ou d'avis spécialisés, alors que rien ne les justifie.
- Un adulte très informé sur les maladies, qui corrige les soignants ou consulte beaucoup pour lui-même.
Symptômes chez l'enfant
- Absences scolaires répétées, parfois sans raison médicale claire.
- Un enfant très sage, silencieux, qui ne se plaint pas alors que l'adulte décrit des douleurs importantes.
- Un enfant fatigué, retiré, qui joue moins, ou au contraire très collé à l'adulte.
- Des signes physiques réels parfois provoqués (saignements, difficultés à respirer, troubles digestifs).
- Une croissance ou un développement qui ne suivent pas les courbes habituelles.
- Un enfant qui semble avoir « l'habitude » des examens, des perfusions ou des hôpitaux.
Causes
Causes principales
- Une grande détresse psychologique chez l'adulte : besoin d'attention, de reconnaissance, peur massive autour de la santé.
- Parfois un trouble psychique chez l'adulte (anxiété sévère, dépression, trouble factice, antécédents de traumatisme). Il ne s'agit jamais d'un diagnostic à poser soi-même.
- Un contexte de vie difficile : isolement, difficultés familiales ou sociales, vécu médical douloureux.
- Un système de soins très dispersé, où personne ne voit l'ensemble de la situation, ce qui laisse le problème s'installer.
Facteurs de risque
- Isolement de l'adulte et manque de soutien autour de lui.
- Antécédents de maltraitance, de deuil ou de trouble psychique chez l'adulte.
- Un enfant qui a par ailleurs une vraie maladie chronique : le réel et le fabriqué peuvent se mélanger et rendre les choses plus difficiles à voir.
- Difficultés sociales ou économiques de la famille.
- Multiplicité des intervenants, sans médecin référent qui coordonne les soins.
Quand consulter un médecin
Consultez un médecin en urgence si :
- Un enfant en danger immédiat : appelez le 15 ou le 112.
- Une suspicion de maltraitance : le 119 (Allô Enfance en Danger) peut vous écouter et vous conseiller, jour et nuit.
- Des symptômes graves ou inquiétants chez un enfant, dont les explications ne correspondent pas à ce que vous observez.
Prenez un rendez-vous de routine si :
- Vous êtes parent et vous vous sentez débordé par l'angoisse pour la santé de votre enfant : parlez-en à votre médecin, c'est une force, pas une faiblesse.
- Vous êtes un proche et les informations données par un adulte ne correspondent jamais à ce que vous constatez : parlez-en à un professionnel de santé.
- Vous êtes soignant et les éléments du dossier ne concordent pas : demandez une réunion de synthèse entre professionnels.
Diagnostic
Il n'existe pas d'examen unique qui dise « oui » ou « non ». Le repérage se fait avec le temps, par une équipe : on sépare soigneusement ce qui est réellement observé de ce qui est seulement raconté, on regarde l'ensemble du dossier médical, on examine l'enfant à plusieurs reprises, et on échange avec chaque adulte, parfois séparément. Un pédiatre, un psychologue ou pédopsychiatre, et parfois un psychiatre pour adultes, peuvent être impliqués. En France, les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) servent de repères aux professionnels pour aborder ces situations avec prudence et dans le respect des personnes. La sécurité de l'enfant reste la priorité à chaque étape.
Tests qui peuvent être effectués
- Un examen clinique complet, répété dans le temps, en observant l'enfant avec attention.
- Des entretiens avec les adultes, parfois séparés, et un temps d'échange avec l'enfant seul quand c'est possible et adapté à son âge.
- La relecture de tout le dossier médical : comptes rendus, ordonnances, résultats d'analyses, hospitalisations passées.
- La comparaison systématique entre ce qui est raconté et ce qui est constaté.
- Des examens ciblés, uniquement lorsqu'ils sont utiles, pour éviter les tests inutiles et les risques qu'ils font courir.
- Une observation en milieu hospitalier dans certains cas, avec l'accord de la famille quand cela est possible.
À quoi s'attendre lors de votre rendez-vous
Les choses peuvent prendre du temps, car il faut être à la fois prudent et protecteur. Vous pouvez être reçu par plusieurs professionnels, et il est possible que l'on vous demande de préciser certaines informations. L'objectif n'est pas de piéger qui que ce soit, mais de comprendre ce qui se passe pour aider l'enfant et sa famille. Vous avez le droit de poser des questions et de demander à être accompagné.
Traitement
La première priorité est de protéger l'enfant et de faire cesser les examens, les traitements ou les hospitalisations inutiles. En même temps, la famille est accompagnée : on ne se contente pas de retirer des soins, on propose un soutien. La prise en charge est toujours pluriprofessionnelle, avec un médecin qui coordonne, et elle se construit dans le respect et la dignité des personnes autant que faire se peut.
Soins personnels à domicile
- Si vous vous reconnaissez dans cette situation, ou si vous avez peur d'être jugé, parlez-en d'abord à un médecin en qui vous avez confiance.
- Notez ce que vous observez réellement, avec les dates, sans interpréter : cela aide beaucoup les professionnels.
- Essayez de garder un seul médecin référent pour votre enfant, qui centralise les informations.
- Acceptez la proposition d'un soutien psychologique : ce n'est pas un aveu de faute, c'est une aide.
- Parlez à un proche de confiance : la solitude aggrave presque toujours les difficultés.
Traitements médicaux
Le traitement ne consiste jamais à soigner l'enfant comme s'il était malade. On arrête d'abord les examens et les traitements qui ne sont pas nécessaires. En parallèle, l'adulte concerné est accompagné, le plus souvent par un suivi psychologique ou psychiatrique adapté à sa situation. L'enfant peut lui aussi avoir besoin d'un soutien psychologique pour comprendre ce qui s'est passé et retrouver confiance. Lorsque sa sécurité l'exige, un éloignement temporaire de la personne concernée peut être organisé, et des mesures de protection de l'enfance peuvent être proposées par les services compétents. Tout cela se décide avec la famille, en expliquant les raisons, et sans humiliation lorsque c'est possible.
Vivre avec cette affection
Le quotidien consiste surtout à retrouver une vie ordinaire : un seul médecin qui suit l'enfant, des rendez-vous moins nombreux, un retour progressif à l'école, des activités de loisirs. Il faut du temps pour que la confiance se reconstruise, entre l'enfant, la famille et les soignants. Les professionnels accompagnent cette reprise, étape par étape.
Conseils de mode de vie
- Garder des repères stables : horaires de lever et de coucher, repas, école, activités.
- Éviter de multiplier les avis médicaux pour un même symptôme ; passer par le médecin référent.
- Réserver des moments calmes et agréables en famille, sans parler de santé.
- Encourager l'enfant à exprimer ce qu'il ressent, avec ses mots, sans l'inciter à décrire des symptômes.
- Accepter les aides proposées : soutien psychologique, assistante sociale, associations de parents.
Alimentation et exercice
Il n'existe pas d'alimentation ni d'exercice particulier pour cette situation. L'essentiel est une vie aussi normale que possible : des repas réguliers et variés, un sommeil suffisant, une activité physique adaptée à l'âge et à l'état réel de l'enfant, et une scolarité suivie. En cas de doute sur l'alimentation ou le sport, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.
Santé mentale et bien-être émotionnel
Cette situation a un fort retentissement psychologique. L'enfant peut ressentir de la peur, de la confusion, des douleurs, et avoir ensuite du mal à faire confiance aux adultes et aux soignants. Les frères et sœurs sont souvent touchés aussi, parfois oubliés. L'adulte concerné peut éprouver de la honte, de la culpabilité ou un profond désespoir. Un accompagnement psychologique est donc très souvent utile pour toute la famille. Si vous ou un proche êtes en grande détresse psychologique, parlez-en à un professionnel de santé ; en France, le 3114 est une ligne d'écoute disponible jour et nuit. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.
Prévention
Il n'existe pas de moyen simple d'empêcher cette situation. Mais on peut réduire les risques : soutenir tôt les parents en difficulté psychologique, écouter les inquiétudes sans les banaliser ni les nourrir, éviter la multiplication des examens inutiles, et garantir la continuité des soins avec un médecin référent unique. Une société qui soutient les familles plutôt que de les juger protège mieux les enfants.
Programmes de dépistage
Il n'existe pas de dépistage systématique. Le repérage repose sur la vigilance des professionnels de santé, de l'école et des proches, qui remarquent des incohérences répétées entre ce qui est raconté et ce qui est constaté.
Complications
En l'absence de traitement
- Des examens, des soins et des hospitalisations inutiles, qui peuvent eux-mêmes provoquer de vrais problèmes de santé.
- Des retards de croissance, une fatigue importante, des douleurs, des troubles du sommeil.
- Des difficultés scolaires et un isolement social.
- Une souffrance psychologique durable chez l'enfant, avec parfois une perte de confiance envers les adultes et les soins.
- Un retentissement sur les frères et sœurs, qui peuvent se sentir délaissés ou inquiets.
- Une escalade des actes si personne ne repère la situation.
Pronostic à long terme
Quand la situation est repérée et que l'enfant est protégé, l'évolution peut être très favorable. Beaucoup d'enfants accompagnés retrouvent un développement et une vie sociale normaux, surtout lorsque l'aide arrive tôt. Les adultes concernés peuvent eux aussi aller mieux avec un soutien adapté : reconnaître le problème est déjà un pas important. Il n'est jamais trop tard pour demander de l'aide, et les professionnels sont là pour accompagner, pas pour condamner.
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Sources et recommandations
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Dernière mise à jour: 23 octobre 2026
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