L'ulcère de jambe
Aperçu
Un ulcère de jambe est une plaie qui se forme sur la peau de la jambe, le plus souvent autour de la cheville. Contrairement à une simple écorchure, cette plaie ne cicatrise pas normalement : elle reste ouverte plusieurs semaines, elle suinte et elle peut faire mal. L'ulcère n'est pas une maladie en soi : c'est le signe visible qu'il y a un problème de circulation du sang dans la jambe, soit dans les veines, soit dans les artères. C'est pourquoi il ne suffit pas de soigner la plaie : il faut aussi traiter la cause, sinon elle a tendance à revenir.
Faits essentiels
- La grande majorité des ulcères de jambe (environ 7 sur 10) sont d'origine veineuse : les veines du retour du sang fonctionnent mal.
- Un ulcère se situe le plus souvent sur le côté intérieur de la cheville, mais il peut apparaître ailleurs sur la jambe.
- La guérison prend du temps, souvent plusieurs semaines à plusieurs mois, et demande des soins réguliers.
- La compression de la jambe est le traitement de base de l'ulcère veineux : elle aide le sang à remonter et favorise la cicatrisation.
- Après la guérison, le risque que l'ulcère revienne est réel, d'où l'importance de continuer à protéger ses jambes.
Oui, c'est un problème fréquent, surtout après 60 ans. Il touche davantage les femmes lorsqu'il est d'origine veineuse. C'est aussi l'une des plaies chroniques les plus vues par les médecins généralistes, les infirmiers et les dermatologues.
L'ulcère de jambe concerne surtout les personnes âgées, mais il peut aussi arriver plus tôt chez des personnes ayant de gros problèmes de veines (varices importantes, antécédent de phlébite), chez les personnes diabétiques, chez les fumeurs ou en cas de maladie des artères. Les personnes qui restent longtemps debout ou assises sans bouger, ou qui ont du mal à marcher, sont également plus concernées. Chez l'enfant, c'est très rare et cela justifie un avis spécialisé.
Symptômes
- Un saignement abondant de la plaie qui ne s'arrête pas après quelques minutes de compression appuyée avec un linge propre.
- Une jambe qui devient brutalement très pâle, froide, très douloureuse ou insensible : cela peut signaler une artère bouchée.
- De la fièvre élevée avec une rougeur qui s'étend très vite, une douleur intense et une jambe très chaude : suspicion d'infection grave.
- Un essoufflement brutal, une douleur dans la poitrine ou un malaise, surtout si une jambe est gonflée et douloureuse : cela peut évoquer un caillot dans les poumons.
- Une plaie qui saigne beaucoup alors que la personne prend un traitement qui fluidifie le sang.
- ⚠Une plaie qui s'agrandit rapidement ou qui devient très douloureuse en quelques heures.
- ⚠Une rougeur, une chaleur ou un gonflement qui augmentent autour de la plaie.
- ⚠Un écoulement qui devient épais, jaunâtre ou verdâtre, ou une odeur désagréable nouvelle.
- ⚠Une fièvre, même modérée, ou un sentiment de malaise général.
- ⚠Une douleur qui n'est plus soulagée par les antalgiques habituels ou qui empêche de dormir.
Symptômes courants
- Une plaie ouverte sur la jambe ou la cheville, souvent sur le côté intérieur, avec des bords irréguliers.
- La plaie suinte, laisse échapper un liquide clair ou jaunâtre, parfois avec une odeur.
- La jambe et la cheville gonflent, surtout en fin de journée ou après une longue station debout.
- La peau autour de la plaie change de couleur (brune, rougeâtre ou violacée) et peut être épaisse et dure.
- La peau autour devient fragile, sèche, qui démange ou forme des petites croûtes.
- Une douleur de la jambe, souvent décrite comme une lourdeur ou une brûlure, calmée par la position allongée jambes surélevées.
- Une douleur qui peut au contraire s'aggraver quand la jambe pend ou pendant la nuit.
- Parfois une rougeur, une chaleur ou un écoulement plus épais autour de la plaie, signes possibles d'une infection.
Symptômes chez l'enfant
- Très rare : une plaie qui ne cicatrise pas chez un enfant doit toujours faire l'objet d'un avis médical.
- Les causes chez l'enfant sont différentes de celles de l'adulte et nécessitent une évaluation spécialisée.
- Ne jamais laisser une plaie traîner plusieurs semaines chez un enfant sans consulter.
Symptômes chez les personnes âgées
- La peau est plus fine et plus fragile, ce qui favorise les plaies et ralentit la cicatrisation.
- Souvent plusieurs problèmes de santé en même temps (diabète, hypertension, maladies des artères ou des veines).
- Difficulté parfois à appliquer soi-même les soins ou à porter une compression tous les jours : l'aide d'un proche ou d'un infirmier est précieuse.
- Risque plus élevé de complications, ce qui rend le suivi régulier particulièrement important.
Causes
Causes principales
- Insuffisance veineuse : les valvules des veines ne ferment plus bien, le sang stagne dans la jambe, la pression augmente et la peau finit par s'abîmer puis s'ulcérer.
- Maladie des artères : les artères sont rétrécies ou bouchées, la jambe reçoit moins de sang et d'oxygène, ce qui empêche la cicatrisation.
- Ulcère mixte : les deux problèmes, veineux et artériel, coexistent en même temps.
- Perte de sensibilité ou mauvaise circulation liée à un diabète, qui favorise les plaies et retarde leur guérison.
- Immobilité ou position assise très prolongée, qui gêne le retour du sang vers le cœur.
- Plus rarement : un problème de coagulation du sang, une maladie inflammatoire de la peau ou des vaisseaux, ou une cause locale (corps étranger, tumeur de la peau). C'est pourquoi un ulcère qui ne guérit pas doit être réévalué.
Facteurs de risque
- L'âge avancé, surtout après 60 ans.
- Des varices importantes ou un antécédent de phlébite (caillot dans une veine de la jambe).
- Des antécédents familiaux de problèmes veineux.
- Le fait de rester longtemps debout ou assis sans bouger, au travail ou à la maison.
- Le surpoids ou l'obésité.
- Le tabagisme et la pollution artérielle qu'il provoque.
- Le diabète, l'hypertension artérielle et un taux de cholestérol élevé.
- Une maladie des artères déjà connue ou des douleurs de la jambe à la marche.
- Un ulcère de jambe antérieur : c'est le facteur de risque le plus fort de récidive.
- Un choc ou une blessure de la jambe, même minime.
- Une alimentation déséquilibrée ou une dénutrition.
- Certains traitements au long cours, dont l'effet sur la peau et la cicatrisation est à discuter avec son médecin.
Quand consulter un médecin
Consultez un médecin en urgence si :
- Une douleur qui devient très intense, insupportable, ou une jambe froide et pâle.
- Une rougeur qui s'étend rapidement, une chaleur importante, du pus ou une odeur forte.
- De la fièvre ou une sensation de malaise général avec la plaie.
- Un saignement qui reprend ou qui ne cesse pas malgré une compression prolongée.
- Une nouvelle plaie qui apparaît et grossit vite, ou une plaie qui devient noire.
- Une douleur dans la poitrine ou un essoufflement inhabituel.
Prenez un rendez-vous de routine si :
- Toute plaie de la jambe qui n'a pas commencé à cicatriser après 2 semaines.
- Une plaie qui suinte, qui fait mal ou qui vous inquiète, même si elle semble petite.
- Une jambe qui gonfle régulièrement, des varices qui deviennent gênantes ou une peau qui change de couleur autour de la cheville.
- Un antécédent d'ulcère : un suivi permet de repérer tôt une nouvelle lésion.
- Des jambes lourdes ou des crampes à la marche depuis plusieurs semaines.
- Une envie d'être conseillé sur la prévention, la marche ou la compression.
Diagnostic
Le diagnostic se fait d'abord par l'examen de la jambe et de la plaie : le médecin regarde la taille et l'aspect de l'ulcère, la couleur de la peau autour, le gonflement, et il cherche des signes d'infection. Il palpe les battements des artères du pied et pose des questions sur vos antécédents, vos traitements et vos habitudes de vie. Il vérifie surtout si votre ulcère est d'origine veineuse, artérielle ou mixte, car le traitement n'est pas le même. C'est un examen simple, sans douleur particulière, qui se fait le plus souvent au cabinet.
Tests qui peuvent être effectués
- La mesure de la taille de la plaie, souvent avec une règle ou une photo, pour suivre son évolution.
- Le contrôle des pouls du pied et de la cheville.
- La mesure de la pression artérielle de la cheville (souvent appelée index de pression systolique cheville-bras) : elle indique si les artères de la jambe sont suffisamment ouvertes, ce qui est indispensable avant de proposer une compression.
- Une échographie-doppler des veines et des artères de la jambe, indolore, pour visualiser la circulation.
- Des analyses de sang : glycémie, numération, marqueurs de l'inflammation, bilan nutritionnel, selon les besoins.
- Un prélèvement de la plaie ou une biopsie uniquement si une infection ou une cause inhabituelle est suspectée, ou si la plaie ne cicatrise pas malgré des soins bien conduits.
À quoi s'attendre lors de votre rendez-vous
Dans la plupart des cas, quelques consultations et une échographie suffisent pour comprendre pourquoi la plaie ne guérit pas. On vous expliquera le type d'ulcère et le traitement adapté. Ne soyez pas surpris si le médecin vous demande de lever ou de laisser pendre la jambe, de marcher quelques pas ou de montrer vos anciennes ordonnances : ce sont des informations utiles. N'hésitez pas à poser des questions, à demander qu'on vous réexplique, et à venir accompagné si vous le souhaitez.
Traitement
Le traitement a deux objectifs : faire cicatriser la plaie et traiter ce qui l'a provoquée, pour éviter qu'elle revienne. Pour un ulcère veineux, le pilier du traitement est la compression de la jambe, associée à des soins locaux réguliers. Pour un ulcère artériel, il faut d'abord améliorer la circulation artérielle, et la compression n'est pas toujours possible : c'est le médecin qui décide, après avoir vérifié les artères. Dans tous les cas, la douleur est prise en compte et l'état général (alimentation, diabète, tension) est surveillé.
Soins personnels à domicile
- Surélever la jambe quand vous êtes assis ou allongé, pour aider le sang à remonter.
- Bouger et marcher régulièrement, sauf avis contraire du médecin, car la marche active la circulation.
- Respecter la compression prescrite et la mettre comme on vous l'a montré, sans la serrer davantage.
- Ne pas appliquer de produits maison, de bicarbonate, d'alcool, d'huiles essentielles ou de poudres sur la plaie sans avis.
- Ne pas gratter, ne pas percer les cloques, ne pas arracher les croûtes.
- Laver la peau autour de la plaie avec un produit doux adapté et bien sécher en tamponnant.
- Hydrater la peau autour de la plaie avec une crème conseillée, sans en mettre dans la plaie.
- Portez des chaussures confortables qui ne frottent pas, et protégez vos jambes des chocs.
- Vérifiez chaque jour l'aspect de la plaie et signalez tout changement lors du soin ou de la consultation.
- Respectez les rendez-vous de soins et de suivi, même quand la plaie semble aller mieux.
Traitements médicaux
Le traitement associe plusieurs approches. D'abord, la compression de la jambe : bandes ou bas de compression, posés par un professionnel formé, dont la force est choisie selon l'état des artères et la taille de la jambe ; elle est souvent indispensable pour un ulcère veineux. Ensuite, les soins locaux : nettoyage doux de la plaie, retrait des tissus morts quand c'est nécessaire, et pansement choisi par le soignant en fonction de l'aspect de la plaie et de l'écoulement. Si une infection est présente, le médecin décide s'il faut un traitement antibiotique et lequel. La douleur est soulagée avec des antalgiques adaptés, prescrits par le médecin. Enfin, on traite la cause : prise en charge de la maladie veineuse, de la maladie artérielle, du diabète, de l'hypertension ou du cholestérol, et soutien nutritionnel si besoin. C'est votre médecin qui choisit les traitements, leurs doses et leur durée, et qui les réévalue au fil des consultations.
Quand la chirurgie est-elle envisagée ?
Une intervention peut être proposée dans certains cas. Si l'ulcère est lié à de grosses varices ou à une veine abîmée, un geste sur la veine (par exemple par voie endoveineuse ou par chirurgie) peut réduire le risque de récidive, souvent après une première phase de soins. Si les artères sont bouchées, une intervention pour rétablir la circulation (angioplastie avec un petit ballonnet, ou pontage) peut être nécessaire pour permettre la cicatrisation. Enfin, une greffe de peau peut être envisagée pour des ulcères étendus ou très lents à guérir. Ces décisions se prennent au cas par cas, avec un médecin vasculaire et parfois un chirurgien, en tenant compte de votre état de santé général.
Vivre avec cette affection
Vivre avec un ulcère demande de la patience et de la régularité. Les soins prennent du temps chaque jour ou plusieurs fois par semaine, et la jambe peut être douloureuse ou gonflée en fin de journée. Beaucoup de personnes trouvent utile d'organiser un rituel : surélever la jambe à des moments fixes, préparer ses affaires de soins à l'avance, noter les rendez-vous. La compression peut être gênante au début, surtout en été : parlez-en à votre soignant, car une compression mal supportée se porte mal, et il existe des solutions. Il est aussi important de continuer à bouger dans la mesure du possible, car l'immobilité aggrave la stagnation du sang.
Conseils de mode de vie
- Marcher un peu chaque jour, à votre rythme, en évitant les longues stations debout immobiles.
- Surélever les jambes plusieurs fois par jour, et surélever le pied du lit si le médecin le conseille.
- Éviter de rester assis jambes pendantes trop longtemps ; préférer allonger les jambes ou marcher.
- Arrêter de fumer, si vous fumez : c'est un geste majeur pour la circulation et la cicatrisation, et votre médecin ou votre pharmacien peut vous aider.
- Prendre soin de sa peau : hydratation quotidienne, protection contre le froid, les coups de soleil et les chocs.
- Éviter les sources de chaleur directe sur la jambe (bouillotte, radiateur trop près, épilation à la cire chaude).
- Porter des chaussures adaptées et vérifier l'intérieur avant de les enfiler, pour éviter les frottements et les petits corps étrangers.
- Demander de l'aide pour les soins si vous avez du mal à voir, à vous pencher ou à atteindre votre jambe.
Alimentation et exercice
Une alimentation équilibrée, riche en protéines, en fruits et légumes, aide la peau à se réparer : parlez-en à votre médecin si vous avez peu d'appétit ou si vous avez perdu du poids sans le vouloir. Limiter le sel peut aider en cas de gonflement important, mais seulement sur avis médical. Côté mouvement, la marche est l'activité la plus utile : elle active la pompe des mollets et favorise le retour du sang. Commencez par de courtes distances, plusieurs fois par jour, et augmentez progressivement. Si vous avez mal à la marche ou si l'on vous a diagnostiqué une maladie des artères, demandez conseil avant de forcer : l'objectif est de bouger sans se faire mal.
Santé mentale et bien-être émotionnel
Un ulcère qui dure peut peser sur le moral. La douleur, les soins quotidiens, l'odeur parfois, les vêtements que l'on n'ose plus porter, la difficulté à sortir ou à travailler peuvent entraîner de la gêne, de l'isolement, de l'anxiété ou une baisse du moral. Ce sont des ressentis très fréquents et parfaitement légitimes : en parler n'est pas se plaindre. Si vous vous sentez triste, découragé, ou si vous avez des pensées sombres, parlez-en à votre médecin. En France, une ligne d'écoute et de prévention du suicide est disponible 24 heures sur 24 au 3114, gratuite et confidentielle. Vous pouvez aussi vous rapprocher d'une association de patients ou d'un psychologue.
Prévention
En partie, oui. On ne peut pas toujours empêcher un ulcère, mais on peut beaucoup réduire le risque, surtout après un premier épisode. La prévention repose sur trois piliers : prendre soin de ses veines et de ses artères, protéger sa peau et bouger régulièrement. Après la guérison d'un ulcère veineux, le port d'une compression adaptée et le suivi régulier sont essentiels, car le risque de récidive est élevé sans ces mesures.
Vaccins
Il n'existe pas de vaccin contre l'ulcère de jambe. En revanche, il est recommandé de vérifier que vos vaccinations courantes sont à jour, notamment contre le tétanos, en cas de plaie.
Programmes de dépistage
Il n'y a pas de dépistage systématique organisé de l'ulcère de jambe. En pratique, on dépiste les problèmes qui y mènent : on examine les jambes des personnes qui ont des varices importantes, un antécédent de phlébite, un diabète ou des douleurs à la marche. Une échographie-doppler peut être proposée en cas de doute. Si vous avez déjà eu un ulcère, un suivi régulier de vos jambes et de votre peau est conseillé, même quand tout va bien.
Complications
En l'absence de traitement
- Agrandissement de la plaie, avec des douleurs et des soins de plus en plus lourds.
- Infection de la plaie et de la peau autour (rougeur chaude et douloureuse qui s'étend), parfois grave.
- Aggravation des lésions de la peau : durcissement, eczéma, taches brunes définitives.
- Diminution de la mobilité et perte d'autonomie, avec un risque d'isolement.
- Risque de caillot dans les veines profondes de la jambe, surtout si la jambe reste gonflée et immobile.
- Dans les ulcères d'origine artérielle non pris en charge, risque d'aggravation de la mauvaise circulation et, dans les cas les plus sévères, de lésions irréversibles des tissus.
- Chez une minorité de personnes, après de très nombreuses années d'ulcère, une transformation de la peau peut survenir : c'est rare, mais c'est l'une des raisons pour lesquelles un ulcère qui ne guérit pas doit être réévalué.
Pronostic à long terme
La grande majorité des ulcères de jambe guérissent lorsqu'ils sont bien pris en charge, même si cela peut prendre plusieurs semaines ou plusieurs mois. La guérison demande de la constance dans les soins et dans la compression, et un peu de patience : les progrès se voient souvent avant la fermeture complète de la plaie. Après la cicatrisation, il reste important de protéger ses jambes au quotidien, car la récidive est possible. Avec un suivi régulier et quelques habitudes simples, la plupart des personnes retrouvent une vie tout à fait active. Votre médecin est là pour ajuster le traitement et vous accompagner dans la durée.
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Dernière mise à jour: 24 octobre 2026
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