L'urétrostomie périnéale
Aperçu
L'urétrostomie périnéale est une opération chirurgicale. Elle consiste à créer une nouvelle ouverture permanente pour l'urètre (le petit tuyau qui transporte l'urine de la vessie vers l'extérieur) au niveau du périnée, c'est-à-dire la zone située entre le scrotum et l'anus. On y a recours quand la partie de l'urètre située dans le pénis est trop abîmée ou trop rétrécie pour laisser passer l'urine normalement. L'urine s'écoule alors par cette nouvelle ouverture, appelée « stomie », et non plus par le bout du pénis. Le sphincter (le muscle qui retient l'urine) reste en place : la continence, c'est-à-dire la capacité à retenir l'urine, est donc conservée dans la grande majorité des cas.
Faits essentiels
- Il s'agit d'une solution définitive, généralement proposée quand les autres traitements du rétrécissement de l'urètre n'ont pas fonctionné ou ne sont pas possibles.
- Après l'intervention, l'urine sort par une ouverture située sous le scrotum : les hommes urinent assis.
- La continence urinaire est le plus souvent préservée, car le muscle qui retient l'urine n'est pas touché.
- Les érections et le plaisir sexuel sont en général conservés, mais l'éjaculation peut être modifiée : il est important d'en parler avec le chirurgien avant l'opération.
Ce n'est pas une opération fréquente. Elle est réservée à des situations particulières, lorsque l'urètre est très abîmé sur une longue portion et que les techniques de réparation classiques ne sont pas envisageables ou ont échoué.
Elle concerne presque exclusivement les hommes, le plus souvent des adultes entre 40 et 70 ans. Beaucoup ont derrière eux un long parcours de rétrécissements urétraux, de dilatations répétées ou de sondages. Elle peut aussi être proposée, dans de rares cas, à des garçons atteints de malformations complexes, dans des centres très spécialisés.
Symptômes
- Impossible d'uriner du tout, avec un ventre très douloureux et gonflé : appelez immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112
- Fièvre élevée avec frissons, douleur dans le bas-ventre ou le dos et impossibilité d'uriner : appelez immédiatement le 15 ou le 112
- Saignement abondant par la nouvelle ouverture après l'opération, qui ne s'arrête pas
- Malaise intense, confusion ou peau marbrée, qui peuvent faire penser à une infection grave
- ⚠Après l'opération : impossible d'uriner ou jet quasi nul alors que vous uriniez bien les jours précédents
- ⚠Fièvre modérée, brûlures importantes ou urines très troubles dans les jours qui suivent l'intervention
- ⚠Douleur qui augmente nettement au niveau de la cicatrice, rougeur qui s'étend ou écoulement de pus
- ⚠Saignement léger qui persiste plus de quelques jours
Symptômes courants
- Un jet urinaire faible, fin, qui s'interrompt ou « part » de travers
- Une envie d'uriner souvent et une sensation de vessie qui ne se vide pas complètement
- Le besoin de pousser pour uriner
- Des gouttes qui coulent après la miction (le fait d'uriner)
- Des infections urinaires à répétition
- Une gêne ou une brûlure en urinant
- Après l'opération : une urine qui sort par le périnée, parfois en plusieurs jets, ce qui demande un petit temps d'adaptation
Causes
Causes principales
- Un rétrécissement de l'urètre (appelé sténose urétrale) : la paroi du tuyau se cicatrise et devient rigide, ce qui réduit le passage de l'urine
- Un lichen scléreux : une maladie de la peau qui touche aussi parfois l'urètre et qui l'abîme sur une grande longueur
- Des traumatismes du périnée ou du bassin, par exemple après une chute à cheval ou un accident
- Des infections urinaires répétées ou anciennes, ou une infection transmise sexuellement non traitée
- Des sondages urinaires prolongés ou répétés, ou plusieurs opérations de l'urètre
- Certains traitements locaux ou radiothérapies dans la région du bassin
Facteurs de risque
- Avoir déjà eu plusieurs dilatations ou chirurgies de l'urètre
- Un lichen scléreux connu
- Des antécédents de sonde urinaire à demeure
- Le diabète et les infections urinaires à répétition
- Fumer, ce qui ralentit la cicatrisation
Quand consulter un médecin
Consultez un médecin en urgence si :
- Vous ne pouvez plus uriner du tout et cela devient douloureux
- Vous avez de la fièvre avec des frissons et des douleurs en urinant
- Après l'opération, votre jet urinaire diminue fortement ou disparaît
- La cicatrice saigne beaucoup, gonfle ou laisse couler du pus
Prenez un rendez-vous de routine si :
- Votre jet urinaire devient plus fin ou plus faible qu'avant
- Vous avez des infections urinaires qui reviennent
- Vous devez pousser pour uriner ou vous avez l'impression de ne pas vider votre vessie
- Vous avez des questions sur la sexualité, l'éjaculation ou l'hygiène après l'opération
- Vous vous sentez gêné ou inquiet par rapport à cette nouvelle façon d'uriner
Diagnostic
Le médecin commence par vous écouter : depuis quand vous avez du mal à uriner, vos antécédents, vos opérations, vos sondages, vos infections. Il vous examine, puis il vérifie la force du jet urinaire et regarde l'urètre de l'intérieur avec une petite caméra. Ces examens permettent de voir où se situe le rétrécissement et sur quelle longueur. C'est cette longueur, et l'état de la partie de l'urètre située dans le pénis, qui guident le choix entre une réparation classique et une urétrostomie périnéale. La décision se prend toujours avec le chirurgien, en tenant compte de vos préférences.
Tests qui peuvent être effectués
- Une débitmétrie : vous urinez dans un appareil qui mesure la force et la durée du jet
- Une échographie de la vessie pour voir s'il reste de l'urine après la miction
- Une urétrographie : des radiographies de l'urètre réalisées avec un produit de contraste, pour dessiner la zone rétrécie
- Une urétrocystoscopie : un examen avec une fine caméra qui montre l'intérieur de l'urètre
- Une analyse d'urine pour chercher une infection
- Parfois des analyses de sang pour vérifier le fonctionnement des reins
À quoi s'attendre lors de votre rendez-vous
Ces examens se font le plus souvent en hôpital ou en clinique, en une demi-journée. Certains sont un peu désagréables mais courts. Vous pourrez poser toutes vos questions, notamment sur la vie sexuelle et sur la façon d'uriner après l'opération : c'est le bon moment pour le faire.
Traitement
Le traitement dépend de la longueur du rétrécissement et de l'état de l'urètre. Quand la zone abîmée est courte, on peut parfois élargir l'urètre ou le réparer avec un petit morceau de tissu prélevé ailleurs. Quand l'urètre est abîmé sur une grande longueur, ou quand les réparations ont échoué, l'urétrostomie périnéale devient la solution la plus fiable : elle permet à l'urine de s'écouler librement et durablement. L'opération dure en général entre une et deux heures, sous anesthésie générale ou rachidienne (on endort seulement le bas du corps). Il faut souvent porter une sonde quelques jours après, puis réapprendre à uriner.
Soins personnels à domicile
- Buvez régulièrement de l'eau dans la journée, sauf consigne contraire de votre médecin
- Urinez sans retenir et sans pousser
- Gardez la zone propre et sèche : un simple lavage à l'eau et un séchage doux suffisent
- Portez des sous-vêtements confortables et évitez les vêtements serrés les premières semaines
- Respectez les rendez-vous de suivi : le chirurgien vérifie que l'ouverture reste bien large
- Signalez rapidement toute fièvre, douleur nouvelle ou baisse du jet urinaire
Traitements médicaux
Il n'existe pas de médicament capable de réparer un urètre abîmé. Des médicaments peuvent en revanche être prescrits par votre médecin pour calmer la douleur, lutter contre une infection ou détendre la vessie. Ils ne remplacent pas la chirurgie quand elle est nécessaire. Ne prenez jamais un médicament de votre propre initiative, et demandez toujours conseil à votre médecin ou à votre pharmacien, surtout si vous prenez d'autres traitements.
Quand la chirurgie est-elle envisagée ?
L'intervention est proposée lorsque le rétrécissement revient sans cesse, qu'il est très long, qu'il abîme les reins, ou lorsque les autres techniques ne sont plus possibles ou ont échoué. Elle peut aussi être choisie d'emblée dans certains cas de lichen scléreux très étendu. C'est une décision réfléchie, prise avec vous et votre chirurgien, après avoir bien pesé les avantages et les inconvénients.
Vivre avec cette affection
Après l'opération, l'urine sort par une petite ouverture située sous le scrotum. La plupart des hommes urinent assis, tranquillement, sans pousser. Les premières semaines, le jet peut être un peu dispersé ou partir en plusieurs filets : cela s'améliore souvent avec le temps. Il faut un peu de patience pour trouver ses repères, mais la vie quotidienne reprend vite son cours normal. La continence est en général conservée : vous n'aurez pas besoin de protection dans la majorité des cas.
Conseils de mode de vie
- Prévoyez des sous-vêtements en coton et changez-les si besoin
- Emportez de quoi vous essuyer ou une lingette douce lorsque vous sortez les premières semaines
- Évitez de porter des charges lourdes et le vélo pendant la période indiquée par le chirurgien
- Reprenez progressivement une activité physique douce après l'avis du chirurgien
- Parlez ouvertement de l'éjaculation avec votre partenaire et votre médecin : les érections et le plaisir sont en général conservés, mais le sperme peut ne plus sortir par le pénis
- Continuez à boire normalement, surtout par temps chaud
Alimentation et exercice
Il n'y a pas d'aliment interdit. Une alimentation équilibrée, riche en fibres et en fruits et légumes, aide à éviter la constipation, qui peut gêner la cicatrice. Buvez suffisamment d'eau pour garder des urines claires. Côté sport, marchez dès les premiers jours, puis reprenez progressivement la natation, le vélo ou la musculation selon les consignes de votre chirurgien. Arrêter de fumer aide beaucoup à la cicatrisation.
Santé mentale et bien-être émotionnel
Il est normal de se sentir inquiet, gêné ou triste avant ou après cette opération. La façon d'uriner change, et cela touche à une zone intime : beaucoup d'hommes ont besoin d'un temps d'adaptation et de pouvoir en parler. Ces émotions ne sont pas un signe de faiblesse. Si vous vous sentez déprimé, anxieux, ou si vous avez des idées noires, parlez-en sans attendre à votre médecin. En France, le numéro national de prévention du suicide, le 3114, est joignable jour et nuit, gratuitement, et met en relation avec un professionnel.
Prévention
On ne peut pas toujours éviter un rétrécissement de l'urètre, surtout quand il survient après un accident ou une maladie de la peau. Mais quelques gestes aident à protéger l'urètre : traiter rapidement les infections urinaires et les infections transmises sexuellement, éviter les sondages inutiles, ne pas pratiquer de dilatations à répétition sans suivi spécialisé, et consulter dès que le jet urinaire faiblit. Chez les hommes porteurs d'un lichen scléreux, un suivi régulier permet de repérer tôt l'atteinte de l'urètre.
Programmes de dépistage
Il n'existe pas de dépistage systématique. En revanche, après une urétrostomie périnéale, un suivi régulier est important : le chirurgien vérifie que l'ouverture reste bien large et que l'urine s'écoule sans difficulté. Ce suivi permet de repérer tôt un rétrécissement de la stomie, qui se traite souvent simplement.
Complications
En l'absence de traitement
- Une impossibilité brutale d'uriner (rétention), très douloureuse, qui impose une prise en charge en urgence
- Des infections urinaires à répétition, pouvant parfois se compliquer
- Une vessie qui se vide mal et s'abîme avec le temps
- Une atteinte des reins si l'urine reste bloquée longtemps
- Des fuites urinaires ou des infections des voies urinaires hautes dans les cas sévères
Pronostic à long terme
L'urétrostomie périnéale est une opération bien codifiée, qui apporte le plus souvent un soulagement durable et une nette amélioration de la qualité de vie : uriner redevient simple et indolore. Comme toute chirurgie, elle comporte des suites à surveiller, et l'ouverture peut parfois se rétrécir avec le temps : cela se repère lors du suivi et se corrige généralement par une petite intervention. La grande majorité des hommes reprennent une vie normale, y compris sur le plan sexuel. Votre équipe soignante est là pour vous accompagner à chaque étape.
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Dernière mise à jour: 3 novembre 2026
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