Du sang dans les selles
Aperçu
Voir du sang dans les selles signifie qu'il y a du sang mélangé aux selles, sur le papier toilette, dans la cuvette, ou que les selles sont très noires. Le sang peut être rouge vif, rouge foncé, ou donner des selles noires comme du goudron. Ce n'est pas une maladie en soi, mais un signe qui peut avoir de nombreuses causes : le plus souvent bénignes (comme des hémorroïdes ou une petite fissure), parfois plus sérieuses. Dans tous les cas, cela mérite d'être expliqué à un professionnel de santé, pour savoir d'où vient ce sang et être rassuré ou soigné si besoin.
Faits essentiels
- Le sang dans les selles est un symptôme, pas un diagnostic : il faut en chercher la cause.
- La cause la plus fréquente est une cause bénigne, comme les hémorroïdes ou une fissure anale (une petite déchirure près de l'anus).
- Un saignement abondant, des selles noires, des vertiges ou des vomissements de sang sont des signes d'urgence : il faut appeler le 15 (SAMU) ou le 112.
- Parler de ce symptôme à son médecin n'est jamais gênant : c'est une information utile et courante.
Oui, c'est un symptôme très courant. Beaucoup de personnes en voient au moins une fois dans leur vie, souvent à cause d'hémorroïdes ou de constipation. Le fait que ce soit fréquent ne veut pas dire qu'il faut l'ignorer : une explication médicale reste utile.
Tout le monde peut être concerné, à tout âge. C'est plus fréquent chez les personnes constipées, chez les femmes enceintes, chez les personnes qui prennent certains médicaments (comme des anti-inflammatoires ou des fluidifiants du sang) et chez les personnes de plus de 50 ans. Chez l'enfant, on voit surtout des petits saignements liés à la constipation ou à une fissure.
Symptômes
- Un saignement abondant ou qui ne s'arrête pas, avec beaucoup de sang rouge dans les selles ou dans la cuvette
- Des selles noires comme du goudron, ou des vomissements de sang (ou de liquide brun foncé)
- Un malaise intense, des vertiges, une perte de connaissance, une pâleur avec sueurs froides
- Une douleur abdominale très forte et soudaine, avec un ventre dur
- Dans ces situations, appelez immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112
- ⚠Du sang dans les selles qui persiste plus de quelques jours, ou qui revient régulièrement
- ⚠Des selles noires ou très foncées, même une seule fois
- ⚠Une fatigue inhabituelle avec pâleur ou essoufflement (possible anémie)
- ⚠De la fièvre avec diarrhée sanglante ou douleurs abdominales
- ⚠Une perte de poids inexpliquée
- ⚠Un changement du transit qui dure plus de trois semaines
Symptômes courants
- Du sang rouge vif sur le papier toilette, sur les selles ou dans la cuvette
- Des selles tachées de sang rouge ou rouge foncé
- Des selles noires, collantes et très malodorantes (on dit « selles goudronneuses »)
- Des démangeaisons, une gêne ou une douleur près de l'anus
- Une sensation de brûlure ou de déchirure au moment d'aller à la selle
- Parfois, aucun autre symptôme : juste du sang
Symptômes chez l'enfant
- Du sang sur le papier ou sur les selles, souvent lié à une constipation et à une petite fissure
- Des pleurs ou une douleur au moment d'aller aux toilettes
- Des selles dures, espacées, difficiles à évacuer
- Parfois des traces de sang dans les selles lors d'une diarrhée ou d'une infection digestive
- Chez le nourrisson, quelques traces rouges peuvent venir d'un lait ou d'un aliment : à montrer au médecin
Symptômes chez les personnes âgées
- Du sang dans les selles ou des selles noires, parfois sans douleur
- Une fatigue inhabituelle, un essoufflement ou une pâleur qui peuvent signer une anémie (manque de fer dans le sang)
- Un changement récent du transit (constipation, diarrhée, selles plus fines) qui dure
- Une perte de poids ou un appétit qui baisse sans raison
- Chez les personnes qui prennent des fluidifiants du sang, un saignement peut être plus facile à déclencher
Causes
Causes principales
- Les hémorroïdes : des veines gonflées autour de l'anus, très fréquentes, qui peuvent saigner un peu
- La fissure anale : une petite déchirure de la peau près de l'anus, souvent liée à la constipation, avec une douleur au passage
- La constipation et les selles dures, qui peuvent irriter ou blesser
- Les polypes du côlon : des petites excroissances bénignes qui peuvent saigner ; on les retire lors d'une coloscopie
- Les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI), comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique, qui enflamment la paroi du tube digestif
- Des infections digestives, en particulier quand il y a une diarrhée avec fièvre
- Un ulcère ou une irritation de l'estomac ou du duodénum, qui donne plutôt des selles noires
- Des diverticules (petites poches sur le côlon) qui peuvent saigner
- Plus rarement, un cancer du côlon ou du rectum : c'est pourquoi il faut toujours chercher la cause
- Certains médicaments, comme les anti-inflammatoires ou les fluidifiants du sang, qui augmentent le risque de saignement
Facteurs de risque
- Être constipé de façon répétée, ou aller à la selle en poussant fort
- Une alimentation pauvre en fibres et un manque de boisson
- La grossesse, à cause de la pression sur les veines et de la constipation
- L'âge : les polypes et les diverticules sont plus fréquents après 50 ans
- Des antécédents personnels ou familiaux de polypes, de maladie inflammatoire de l'intestin ou de cancer du côlon
- La prise régulière d'anti-inflammatoires (AINS) ou de fluidifiants du sang
- Le tabac, l'alcool, le surpoids et le manque d'activité physique
- Ne pas faire le dépistage du cancer colorectal quand il est proposé
Quand consulter un médecin
Consultez un médecin en urgence si :
- Saignement abondant, malaise, vertiges, pâleur ou perte de connaissance : appelez le 15 ou le 112
- Vomissements de sang ou selles noires comme du goudron
- Douleur abdominale très forte et soudaine
- Fièvre élevée avec diarrhée sanglante
- Saignement qui dure ou s'aggrave malgré le repos
Prenez un rendez-vous de routine si :
- Un saignement, même minime, qui revient plusieurs fois
- Des selles noires ou très foncées, sans signes de gravité
- Une fatigue inhabituelle ou une pâleur
- Un changement du transit (constipation ou diarrhée) qui persiste
- Une perte de poids inexpliquée
- Une douleur ou une gêne autour de l'anus qui ne passe pas
- Des antécédents familiaux de cancer du côlon : parlez-en, même sans symptôme
Diagnostic
Le médecin commence par vous écouter : depuis quand, à quoi ressemble le sang (rouge vif, foncé, selles noires), la fréquence, les douleurs, votre transit habituel, vos médicaments et vos antécédents familiaux. Il vous examine, et propose parfois un toucher rectal : un examen rapide et court, qui consiste à introduire un doigt ganté dans l'anus pour sentir l'intérieur. Cet examen peut paraître gênant, mais il est très utile et se fait en quelques secondes. Ensuite, selon ce qu'il trouve, il peut demander des examens pour voir l'intérieur du côlon.
Tests qui peuvent être effectués
- Une prise de sang pour vérifier le taux d'hémoglobine et de fer (recherche d'une anémie)
- Un test immunologique fécal : un petit prélèvement de selles, fait à la maison, qui détecte des traces de sang invisibles à l'œil
- Une coloscopie : un examen du côlon avec une caméra fine, sous anesthésie, qui permet de voir la paroi et de retirer des polypes au même moment
- Parfois une rectosigmoïdoscopie, un examen plus court du bas du côlon
- Dans certains cas, une endoscopie haute (gastroscopie) pour regarder l'estomac
- Un scanner de l'abdomen, selon les situations
- Des analyses de selles en cas de diarrhée avec fièvre, pour chercher une infection
À quoi s'attendre lors de votre rendez-vous
Les examens se déroulent généralement bien. La coloscopie se fait sous anesthésie : vous ne sentez rien et vous rentrez chez vous le jour même, accompagné. La veille, il faut suivre un régime particulier et boire une préparation pour vider le côlon : c'est le moment le plus désagréable, mais c'est indispensable pour bien voir. Après l'examen, on vous explique souvent le résultat tout de suite. N'hésitez pas à poser toutes vos questions avant : c'est normal d'être anxieux, et l'équipe soignante a l'habitude.
Traitement
Le traitement dépend entièrement de la cause trouvée. Il n'y a donc pas un seul traitement du « sang dans les selles ». Dans la plupart des cas, des mesures simples et un traitement adapté suffisent : traiter la constipation, calmer une fissure ou des hémorroïdes. Si un polype est découvert, il est retiré pendant la coloscopie. Si une maladie inflammatoire ou une autre cause est identifiée, un suivi spécifique est mis en place avec un spécialiste.
Soins personnels à domicile
- Buvez suffisamment d'eau dans la journée, surtout si vos selles sont dures
- Ne poussez pas fort aux toilettes et n'y restez pas longtemps : la position compte plus que l'effort
- Prenez soin de la peau autour de l'anus : toilette douce à l'eau, papier doux, pas de frottement
- Mangez des fibres (fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes) et bougez un peu chaque jour
- Ne prenez pas de médicaments sans avis, en particulier des anti-inflammatoires ou des fluidifiants du sang : demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien
- Notez ce que vous observez (couleur du sang, fréquence, douleurs, changement de transit) : cela aidera beaucoup votre médecin
- Ne laissez pas traîner un saignement qui revient, même s'il est minime
Traitements médicaux
Le médecin choisit un traitement selon la cause. Il peut s'agir de traitements contre la constipation (pour ramollir les selles), de traitements locaux pour calmer et cicatriser les hémorroïdes ou les fissures, de traitements qui réduisent l'inflammation dans les maladies inflammatoires de l'intestin, ou de traitements pour arrêter un saignement. En cas d'anémie, une supplémentation en fer peut être proposée. Parfois, il suffit d'adapter les médicaments que vous prenez déjà, avec l'accord de votre médecin. Tout cela se décide au cas par cas : ne prenez jamais de médicament de votre propre initiative pour un saignement, et demandez toujours conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.
Quand la chirurgie est-elle envisagée ?
Une intervention est parfois nécessaire, mais elle reste minoritaire. Par exemple : retirer un polype pendant la coloscopie (ce n'est pas une vraie opération), opérer des hémorroïdes ou une fissure qui résiste aux traitements, drainer un abcès, ou prendre en charge une complication (occlusion, perforation) ou, plus rarement, une tumeur. Votre médecin vous expliquera les bénéfices et les risques si une chirurgie est envisagée.
Vivre avec cette affection
Au quotidien, l'essentiel est de prendre soin de son transit et de ne pas rester seul avec ses questions. Une bonne hydratation, des repas réguliers, un peu de mouvement et des toilettes sans précipitation font une vraie différence sur la constipation et les petits saignements. Si vous surveillez un saignement, notez simplement ce que vous remarquez sans y penser toute la journée : quelques lignes suffisent pour en parler utilement au médecin.
Conseils de mode de vie
- Installer une routine aux toilettes : un moment calme, sans se presser, plutôt après un repas
- Bouger régulièrement, même 20 à 30 minutes de marche par jour
- Limiter l'alcool et le tabac
- Garder un poids de forme, sans régime extrême
- Signaler à votre médecin tout nouveau médicament, en particulier les anti-inflammatoires et les fluidifiants du sang
- Faire les examens de suivi proposés, même si vous vous sentez bien
Alimentation et exercice
Côté alimentation, l'idée est de rendre les selles plus souples : plus de fibres (fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes), plus d'eau, et une augmentation progressive des fibres pour éviter les ballonnements. Certaines personnes tolèrent mieux les fibres cuites au début. Le mouvement aide beaucoup : la marche, la natation, le vélo ou les étirements stimulent le transit sans forcer. Il n'y a pas d'aliment interdit : si un aliment semble vous gêner, parlez-en plutôt que de vous priver, afin de garder une alimentation équilibrée.
Santé mentale et bien-être émotionnel
Voir du sang dans les selles inquiète, c'est tout à fait normal. Beaucoup de personnes craignent d'emblée le pire, alors que la cause est le plus souvent bénigne. Cette inquiétude peut perturber le sommeil, l'appétit ou l'humeur. En parler, poser ses questions au médecin et obtenir une explication claire aide souvent beaucoup. Si l'anxiété vous pèse au quotidien, ou si vous vous sentez en grande détresse, parlez-en à un professionnel de santé ; en cas de détresse importante, contactez les services d'urgence (15 ou 112) ou un professionnel de santé proche de vous.
Prévention
On ne peut pas tout éviter, mais beaucoup de causes fréquentes se préviennent en partie. Prévenir la constipation (fibres, eau, mouvement, toilettes sans forcer) réduit nettement les saignements liés aux hémorroïdes et aux fissures. Éviter le tabac et l'alcool, garder un poids de forme et bouger régulièrement diminue aussi le risque de polypes et de cancer du côlon. Et surtout, participer au dépistage quand il est proposé permet de repérer tôt des lésions avant qu'elles ne posent problème.
Vaccins
Il n'existe pas de vaccin contre la plupart des causes de sang dans les selles. Certaines infections digestives, qui peuvent provoquer une diarrhée avec du sang, se préviennent surtout par l'hygiène des mains et la propreté des aliments et de l'eau. Pour les vaccins recommandés selon votre âge ou votre santé, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.
Programmes de dépistage
En France, un dépistage organisé du cancer colorectal est proposé aux femmes et aux hommes de 50 à 74 ans : un test simple à faire chez soi, tous les deux ans, envoyé par courrier. Ce test cherche des traces de sang invisibles à l'œil. S'il est positif, une coloscopie est proposée. La Haute Autorité de Santé (HAS) rappelle l'importance de ce dépistage, car il permet de retirer des polypes avant qu'ils ne deviennent dangereux. Parlez-en à votre médecin traitant : il peut vous dire où en est votre participation.
Complications
En l'absence de traitement
- Une anémie par perte de sang répétée : fatigue, essoufflement, pâleur, souvent installée sans qu'on s'en rende compte
- Un saignement important qui nécessite une prise en charge à l'hôpital, voire une transfusion
- Le retard de diagnostic d'une cause plus sérieuse, alors qu'elle serait plus facile à traiter tôt
- L'aggravation d'une maladie inflammatoire de l'intestin non suivie
- Une douleur ou une gêne qui s'installe et abîme la qualité de vie
- Rarement, une complication aiguë (occlusion, perforation) qui devient une urgence
Pronostic à long terme
La grande majorité des personnes qui consultent pour du sang dans les selles ont une cause bénigne, qui se soigne bien et souvent simplement. Quand une cause plus sérieuse est trouvée, elle est d'autant plus facile à prendre en charge qu'elle est repérée tôt : c'est tout l'intérêt de consulter sans attendre. La plupart des personnes vont bien après traitement et retrouvent une vie tout à fait normale, avec un suivi adapté si nécessaire.
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Dernière mise à jour: 3 novembre 2026
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